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| Je ne dirai pas : Il était une fois, car cette histoire dure depuis la nuit des temps, et elle se continue encore maintenant. C'est le vent le premier qui l'a racontée. Il y a fort longtemps, vivait dans un pays bien ordonné une étrange fillette. Elle avait les cheveux en broussaille, drus et touffus comme un gros bouquet sur sa tête. Elle portait ce drôle de nom : Canopée. En ce temps-là, toutes les choses étaient bien rangées dans cette contrée, et rien jamais ne venait troubler les habitants. On avait banni de ce lieu tout ce qui est tumultueux, agité ou tapageur. Le vent n'avait donc pas le droit de venir s'y prome- ner. Alors, depuis son palais, vexé, il observait tout, à l'aide de ses jumelles en rayons de soleil. Et voici ce qu'il voyait : La fumée des cheminées ne faisait pas de tourbillons. Elle s'envolait en fines volutes rectilignes pour rejoindre les nuages. Ces nuages avaient une forme rectangulaire, ou parfois triangulaire. Les arbres sans branches ni feuilles montaient tout droit vers le ciel, par la voie la plus directe. On aurait dit de longues tiges munies à leur base de racines énormes qui s'étalaient sur le sol, toutes parallèles entre elles, comme un jeu de marelle. OH ! Comme il aurait aimé souffler un bon coup là-dedans, le vent ! Mais ça n'était pas permis, car dans cette région, personne n'aimait le vent… |
| Mais tout le monde aimait les arbres ! Quand on avait faim, eh bien, on arrachait des racines aux arbres. On les coupait en petits dés identiques que l'on faisait cuire à l'eau ou bien rissoler dans l'huile avant de les assaisonner pour s'en régaler. Hm mm ! C'était carrément bon ! Le tronc des arbres servait de bois de chauffe ou bien de matériau de construction. Et pour s'habiller, on taillait des vêtements tout rayés dans l'écorce soyeuse de certaines espèces rares. Oui, vraiment tout le monde aimait les arbres… par intérêt, mais Canopée elle, les aimait de tout son cœur. Un jour, elle avait décidé d'avoir … un arbre de compagnie ! Alors, elle s'était fabriqué une petite charrette qu'elle avait remplie de terre afin d'y installer son protégé. On avait eu beau la raisonner, elle s'était entêtée : " Un arbre, c'est un être vivant ! " Et c'est ainsi qu'on la voyait se promener tirant derrière elle dans une carriole, une petite tige bien rectiligne à qui elle faisait la conversation. Les gens riaient, mais elle ne les écoutait pas. Les gens se moquaient, mais elle ne les regardait pas. Elle avait pour seul ami, un petit arbre au tronc bien droit, qui, comme toutes les plantes de ce terroir d'autrefois, n'avait ni feuillage ni branchage. |
| Un, jour, le tronc devint trop long, et les racines trop vastes pour la petite charrette. Alors, Canopée choisit une jolie clairière au bord d'un ruisseau pour y installer son arbre. Chaque fois qu'elle en avait le temps, Canopée venait le voir, pour lui parler, lui inventer des histoires et des chansons. Et puis elle le prenait dans ses bras et du bout du nez, lui donnait des baisers sucrés. Pour mieux l'écouter, l'arbre devenu grand, s'était mis à pencher. Oh ! A peine au début. Et puis, de plus en plus, pour se rapprocher de sa chère Canopée. Le vent tourmenté et mécontent d'avoir été chassé, observait le paysage à travers deux rayons de soleil. Il remarqua ce jeune arbre, le seul de cet endroit à ne pas pousser tout droit. " Nom d'un tourbillon ! Il faut que je voie ça de plus près ! " Aussitôt, il mit son grand manteau transparent, celui qui le rend invisible. Et puis il se dirigea vers l'arbre qui poussait de travers. Il s'approcha, discrète brise. Quand il frôla le visage de Canopée, la petite fille lui fit un sourire. Le vent ravi recommença, un peu plus fort, puis il se mit à jouer avec les cheveux en forme de bouquet. C'était rigolo ! Et c'est ainsi que naquit la plus ébouriffée de toutes les amitiés. Les trois bons copains prirent l'habitude de se retrouver chaque jour pour s'amuser au soleil, mais aussi sous la pluie. Canopée chantait, riait et inventait des histoires qui s'envo- laient, portées par le vent. |
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Mais voilà : Si le vent s'était étonné de voir cet arbre penché, " Assez des caprices de Canopée ! " Les villageois pleins de colère se précipitèrent vers la petite Canopée était absente pour la journée. L'arbre était seul près CRAC ! Ce claquement sec attira l'attention du vent, toujours curieux. |
| Ah ! Quel désordre mes amis. On courait dans tous les sens en hurlant ! Le vent tempêtait, tonitruait, fulminait ! Il défit bien des chignons, arracha des chapeaux, dénoua des foulards et emmêla plein de moustaches. Echevelé, dépeigné, débraillé, tout le monde cherchait refuge. Finalement ils s'enfermèrent à l'abri, chacun dans sa maison… Les habitants de la contrée bien ordonnée, terrifiés, regar- daient par la fenêtre l'ouragan qui s'affairait là-bas dans la clairière… Ils regrettaient d'avoir été si méchants. Quand la petite Canopée revint, ils eurent honte en la voyant pleurer… Ils regrettèrent de ne pas avoir été plus indulgents. Toute la nuit, le vent souffla. Si fort, si fort que personne, pas même Canopée, ne put approcher de l'arbre. Le tonnerre, alerté par ce brouhaha s'approcha. Le vent se calma pour expliquer à son ami, le Foudroyant, sa si grande peine. Il ne hurlait plus à présent. Il murmurait des mots gracieux. Les villageois étonnés écoutaient cette merveilleuse mélodie. Le vent racontait la tendresse de l'arbre pour Canopée. Il parlait des rires, des jeux, et puis de l'amitié. Emus par ce doux bruissement, les habitants de la contrée bien ordonnée écoutaient sans mot dire. Ils découvraient la musique des sentiments ! C'était bouleversant et exaltant en même temps. |
| Alors ils commencèrent à regretter de s'être montrés tellement intransigeants. Ils ne savaient pas que le vent avait des sentiments. Ils n'avaient pas compris que l'arbre était penché par amitié et non parce qu'il était désordonné. Pendant ce temps, le tonnerre qui est un être très puissant, rassurait le vent : " Écoute, je vais le soigner, je vais aider ton ami, l'arbre de travers. Pour cela, apporte-moi ce que tu as de plus précieux." Le vent qui se promène par toute la terre garde dans son palais les trésors les plus divers. D'une bourrasque, il rassem- bla plus de mille pierreries, diamants et joyaux. Le tonnerre fit jaillir un éclair et vint frapper l'arbre blessé. Puis, de son doigt magique il dessina dans le ciel de grands points d'interroga- tion. Une lumière bleue, aveuglante inonda tout le paysage. Quand tout redevint calme, l'arbre se tenait là, magnifique et différent. Enfin, le vent et le tonnerre se turent. Chacun se mit à réfléchir. Comment effacer cette mauvaise action ? Alors, il leur vint une bonne idée : écrire une lettre pour deman- der pardon. Et c'est ainsi que sans enveloppe ni adresse, ils ouvrirent grand leurs fenêtres pour laisser le courrier s'envoler. Le vent, en silence, transporta ces milliers de feuilles de toutes les couleurs dans la petite clairière pour les montrer à l'arbre mutilé. Il était fendu en deux à mi-hauteur, mais il était toujours vivant ! |
| Son tronc de travers se divisait désormais en deux bras fait par la hache des hommes, au temps de la colère. Dressé vers le ciel, l'arbre déployait maintenant un abondant ramage touffu qui le faisait ressembler à la petite Canopée. Ce luxuriant feuillage était fait des milliers de lettres de regrets et d'amitié qu'avaient écrit les villageois. Le lendemain, à la première heure, la petite fille se précipita pour voir son arbre. Quand elle le vit, la petite Canopée resta bouche bée. Elle s'approcha de lui et, pour la première fois il parla : " J'ai voulu te ressembler Canopée, Alors le vent m'a aidé. Regarde : Il a soigné mes plaies et j'ai maintenant deux bran- ches pour que tu puisses grimper dans mes bras. Sur la tête, il m'a fait la même coiffure que toi ! Et puis pour t'embrasser, je t'offrirai des fruits doux et sucrés. " Emerveillée, la petite fille s'approcha pour le caresser. C'est alors qu'il déposa à ses pieds une grosse perle rouge, et puis un croissant jaune. Canopée les ramassa, et elle s'aperçut qu'ils sentaient drôlement bon ! Alors, elle les goûta... C'était délicieux, savoureux, sucré, délicat ! Canopée folle de joie appela tous les villageois pour qu'ils voient l'arbre magnifique qui avait voulu ressembler à une petite fille. Les gens se frottaient les yeux, l'air penaud, et gardaient la tête basse, comme si leurs cheveux étaient devenus trop lourds à porter. |
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Ils étaient tous tellement désolés de s'être montré si
intransi- Quand on lui demanda : Voilà comment fut baptisé l'arbre de Canopée : L'ARBROUSSAILLE C'est l'ancêtre de tous les arbres de nos vies. Il produit toutes |
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