Un jeune étudiant
en médecine assis
sur un banc du Parc Monceau, à Paris,
profitait des rayons du pâle soleil au-
tomnal, un après-midi de la fin octobre
1909. Il s'appelait Louis Dubreuil.
Dès
que ses cours à la Faculté et les
tours de garde à l'hôpital le lui per-
mettaient, Louis s'échappait au parc.
Il aimait le grand air et la vie. Il aimait
voir les enfants courir après leurs cer-
ceaux, les bonnes pousser les landaus
de leurs nourrissons. Il riait aux imper-
tinences de Guignol et Gnafron, en
passant devant le petit théâtre de plein air où s'agitaient les marionnettes.
Ce jour
là, il comptait jouir des deux
heures de liberté qui s'offraient à lui
pour regarder simplement s'agiter ce
minuscule monde parisien.
Les jambes
étendues, les épaules
calées sur le dossier du banc, il com-
mençait à dodeliner doucement de la
tête lorsqu'un vieux monsieur vint s'as-
seoir à côté de lui.
Un charmant
vieux monsieur à barbi-
chette et cheveux blancs qui souleva
légèrement son chapeau pour le saluer
en lui souriant délicieusement.
Louis
Dubreuil lui rendit son sourire,
son salut et le regarda, attendri, sortir
des poches de sa redingote des mor-
ceaux de pain qu'il émietta pour les
oiseaux. Les
moineaux du Parc Monceau sont
assez effrontés et toujours affamés.
Bientôt le banc fut environné d' une véri-
table cour de volatiles surexcités qui
s'envolèrent dès que le pain fut dévoré.