Dégobillette,
la belle ogresse, n'aimait rien ni personne, mais elle
haïssait la guerre allumée entre les humains et les loups-garous.
Cette guerre, en prenant force et ampleur, vidait de plus en plus
l'Outre Monde d'enfants comestibles pour elle, c'est-à-dire en vie. Il lui fallait de la viande fraîche, elle ne plantait ses dents aiguisées
que dans la chair encore palpitante des très jeunes enfants, les
enfants de lait que les humains élèvent à la mamelle.
Une nuit, en quête d'un dîner probable, elle survola au ralenti une
région d'Outre Monde que les grands loups-garous, surgissant en
masse, avaient attaquée quelques heures auparavant.
Elle vit des maisons aux portes et aux fenêtres éventrées, des
rues où gisaient des cadavres. Or elle eut beau chercher ici et là,
encore et encore, plus rien ne bougeait, les autres avaient tout tué.
Elle se rendit à l'évidence : ces imbéciles de loups-garous et
d'humains, en se battant, n'épargnaient même plus leurs enfants.