Louisette
dormait et les poupées, assises autour de sa tête, regar-
daient dormir leur maîtresse.
Au cœur de la nuit d'Halloween, elles s'étaient levées de chacun des
recoins de la chambre où Louisette les jetait après avoir joué avec elles.
Elles avaient cheminé vers le lit qu'elles escaladèrent lentement, les
unes aidant les autres, selon leur infirmité. La poupée scalpée soutenait
la poupée unijambiste, la poupée manchote guidait l'aveugle.
Quand elles furent arrivées près de l'oreiller, elles se penchèrent vers la
figure joufflue de leur bourreau. Elles étaient nombreuses à se pencher,
car Louisette usait beaucoup de poupées. C'était une petite fille rageuse, capricieuse et cruelle, à laquelle ses
parents ne refusaient rien. Lorsqu'ils la voyaient arracher les ailes des
mouches, décapiter les fleurs du jardin, couper les vers de terre comme
des tranches de saucisson, martyriser le chien, torturer ses poupées, et
même lorsqu'elle eût tordu le cou des deux canaris dans leur cage, ils
pensaient toujours qu'elle était trop jeune pour comprendre qu'elle faisait
mal. Ils ne la reprenaient jamais et la laissaient agir à sa guise, de sorte
que plus elle grandissait, plus elle devenait méchante.