Elles avaient beau entrechoquer leurs aiguilles, besogner sans cesse, les
pelotes ne semblaient pas diminuer pour autant. Elles avaient toujours la même
taille et semblaient inépuisables, interminables... Celle de Marguerite était faite
d'un curieux mélange de couleurs douces et claires, quant à celle de Violette, les
couleurs en étaient plus sombres, plus chaudes et parfois plus vives.
L'automne passa à grande vitesse, pour les deux amies. Le vent soufflait, entraînait
derrière lui une escorte de feuilles rousses. Les premiers froids s'installèrent, en
deux ou trois coups d'aiguilles à tricoter.
Violette et Marguerite avaient bien œuvré et pourtant, elles n'avaient pas eu besoin,
pour cela, de changer de place.
Elles se tenaient toujours assises auprès de la cheminée éteinte,
portant toujours
les mêmes vêtements, comme si l'écoulement des heures glissait sur elles. Le
temps n'avait pas de prise et ne semblait toucher uniquement que ce qui se trouvait
à l'extérieur, par-delà la fenêtre.
A présent, on y entrevoyait les champs saupoudrés de taches châtaignes et laiteu-
ses. Les arbres se balançaient pour secouer toute cette froidure et les animaux
cherchaient en silence de quoi se nourrir.