Tremblante de froid et
de faim, elle se traînait de rue en rue. Des flocons
de neige couvraient sa longue chevelure blonde. De toutes les fenêtres bril-
laient des lumières: de presque toutes les maisons sortait une délicieuse
odeur, celle de l'oie, qu'on rôtissait pour le festin du soir : c'était la Saint-
Sylvestre. Cela, oui, cela lui faisait arrêter ses pas errants.
Enfin, après avoir une dernière fois offert en vain son paquet d'allumettes,
l'enfant aperçoit une encoignure entre deux maisons, dont l'une dépassait un
peu l'autre. Harassée, elle s'y assied et s'y blottit, tirant à elle ses petits pieds.
Mais elle grelotte et frissonne encore plus qu'avant et cependant elle n'ose
rentrer chez elle. Elle n'y rapporterait pas la plus petite monnaie, et son père
la battrait. L'enfant avait les mains gelées.
- Si je prenais une allumette, dit-elle, une seule pour réchauffer mes doigts ?
C'est ce qu'elle fit. Quelle flamme merveilleuse, c'était ! Il sembla tout à coup
à la petite fille qu'elle se trouvait devant un grand poêle en fonte, décoré
d'ornements en cuivre. La petite allait étendre ses pieds pour les réchauffer
lorsque la petite flamme s'éteignit brusquement. Le poêle disparut et l'enfant
restait là, tenant en main un petit morceau de bois à moitié brûlé.