Les voyageurs,
rentrés chez eux, en parlaient et les érudits écrivaient des
livres sur la ville, le château et le jardin, sans oublier le rossignol qu'ils met-
taient au-dessus de tout. Ces livres faisaient le tour du monde et quelques-
uns arrivèrent un jour jusque chez l'empereur de Chine. Assis sur son trône
doré, il les lisait et les relisait et, de la tête, il approuvait les descriptions pres-
tigieuses de la ville, du château, du jardin " Mais le rossignol est quand même
ce qu'il y a de mieux " lisait-il.
- Qu'est-ce que c'est que ça, le rossignol ? dit l'empereur. Je ne le connais ..même pas. Y a-t-il un oiseau pareil dans mon empire et, par-dessus le mar- ..ché, dans mon jardin ! Et je n'en ai jamais entendu parler, et il faut que j'ap- ..prenne ça dans un livre !
Il fit venir son chancelier d'honneur, un homme si distingué que si quelqu'un d'un rang inférieur
à lui-même osait lui parler, il répondait "P.p.p." ce qui ne
veut rien dire du tout.
- Il paraît qu'il y a ici un oiseau extraordinaire qui s'appelle rossignol, lui dit ..l'empereur. On prétend que c'est ce qu'il y a de mieux dans mon empire ! ..Pourquoi ne m'en a-t-on jamais rien dit ?
- Je n'en ai jamais entendu parler, dit le chancelier, il n'a jamais été présenté ..à la Cour.
- Je veux qu'il vienne chanter pour moi ici ce soir. Toute la terre est au courant ..de ce que je possède et moi, non !