Les
voilà aussitôt à parcourir les chambres, les garde-robes, toutes plus
belles et plus riches les unes que les autres. Elles ne pouvaient assez
admirer le nombre et la beauté des lits, des sofas, des guéridons, des
miroirs où l'on se voyait depuis les pieds jusqu'à la tête ! Elles ne cessaient
d'envier le bonheur de leur amie qui, cependant, ne se divertissait point à
cause de l'impatience qu'elle avait d'aller ouvrir le petit cabinet de la galerie
du bas.
Elle
fut si pressée de sa curiosité, que, sans considérer qu'il était mal-
honnête de quitter sa compagnie, elle descendit par un escalier dérobé avec
tant de précipitation qu'elle manqua se rompre le cou deux ou trois fois !
Arrivée devant la porte du cabinet, elle s'arrêta et songea à la défense que
son mari lui avait faite. Mais la tentation était si forte qu'elle ne put la sur-
monter : elle prit la petite clef et ouvrit en tremblant la porte du cabinet.
D'abord
elle ne vit rien parce que les fenêtres étaient fermées. Après quel-
que temps, elle commença à voir que le plancher était couvert de sang caillé,
dans lequel se miraient les corps de plusieurs femmes mortes, attachées
le long des murs : c'étaient toutes les femmes que la Barbe-Bleue avait
épousées et qu'il avait égorgées l'une après l'autre.