Sa
conscience ne la laissait pas en repos. La nuit elle rêvait à ses
frères. Le jour elle ne cessait d'y penser.
Son idée était qu'elle devait faire tout ce qui était en son pouvoir pour
retrouver ses frères, où qu'ils soient. Qu'elle devait les délivrer, à
n'importe quel prix, de l'état de corbeau dans lequel ils étaient. Elle décida de partir les chercher. Elle n'emporta qu'un petit anneau
en souvenir de ses parents, une miche de pain pour la faim, une cru-
che d'eau pour la soif, une petite chaise pour la fatigue. Elle marcha,
marcha, sans se décourager jusqu'au bout du monde. Il n'y avait nul-
le trace de ses frères. Elle alla trouver le terrible soleil qui dévore les enfants et brûle atro-
cement. Elle lui donna sa cruche d'eau pour apaiser son feu. Mais
ses frères n'étaient pas dans le soleil et le soleil ne savait pas où ils
étaient. Elle marcha jusqu'à la lune froide et morte. Elle lui donna son pain
qui est la vie. Mais ses frères n'étaient pas sur la lune et la lune ne
savait pas où ils étaient.