Un rêve étrange
avait réveillé Douce Fleur, cette nuit.
Un de ces rêves que l'on ne peut chasser.
Elle s'était éveillée, la gorge serrée, le cœur lourd. Voilà bien des lunes
que son désir de bercer un enfant la tourmentait mais il semblait inacces-
sible, son ventre était comme un fruit desséché. Elle s'était
vue en songe, désespérée devant une couche vide, inondant
de ses larmes ses beaux vêtements de mariage.
Quand elle eut confié ses craintes au shaman, son visage soucieux fut
son unique réponse. Douce Fleur comprit que jamais elle ne serait mère,
jamais elle ne serait une vraie femme !
Poussée par
le désespoir et la honte, elle s'enfuit à cheval, le plus loin
possible du campement.
Elle erra ainsi longtemps, au hasard, sans prêter attention au paysage
rougeoyant qu'elle traversait. C'était la saison où les érables se parent de
pourpre et flambent, sous un ciel pur. Puis, le corps meurtri
par sa longue chevauchée, elle s'arrêta enfin, près
d'un lac. Elle attacha son cheval à un arbre et prit la décision de se reposer
un peu. Quel serait son avenir, à présent ? Elle l'ignorait.