Il connaissait chaque bosse, chaque ornière du chemin par cœur. Pourtant, cette fois-ci, il
avança prudemment, à petits pas, comme si quelque chose d'insolite régnait autour de lui.
Il
comprit vite ce que c'était : les oiseaux, d'ordinaire si familiers, ne chantaient pas aujourd'hui.
En fait, un lourd silence pesait sur la forêt tout entière. Pierre s'immobilisa plus d'une fois, tendant l'oreille pour essayer de capter au moins
le bruis-
sement du vent sur les feuillages. Mais rien. Pas un souffle. Pas un bruit. Il marchait, de moins en moins tranquille. Il sentait son cœur battre fort. Sa gorge
était nouée,
si bien qu'il lui paraissait impossible de pouvoir émettre le moindre son.
Pourtant, après un tournant, il poussa un grand cri. Le Typhanon était là, juste devant lui, qui lui barrait la route. Ses
racines largement posées sur
le sol, son tronc d'arbre fièrement dressé, sa tête de vieillard chauve légèrement
penchée, le
Typhanon observait Pierre, le dominant de sa haute stature.
- N'aie pas peur mon petit ! Seuls les incrédules peuvent craindre ma colère.
Et il posa l'une de ses branches sur l'épaule de Pierre.
- Toi, tu savais que j'existais avant même que j'apparusse, alors que pour la plupart des adultes
et pour beaucoup d'enfants je ne suis qu'une légende qu'on se transmet de génération en géné-
ration et qui ne sert qu'à effrayer les jeunes garnements.