Dès les premiers jours de son mariage, Marion découvrit en son mari un homme veule,
brutal,
enclin à la boisson. Il se mit à la battre sous n'importe quel prétexte. Il la giflait, la
frappait de
sa ceinture, lui distribuait des coups de pied lorsqu'elle était à terre. Enfin, il ne la laissait
qu'à
moitié morte pour s'en aller au bourg où l'on pouvait le voir dans les bistrots s'abreuver de
mauvais alcools qui nouaient les tripes et incendiaient les cervelles. Maintes fois Marion menaça de quitter Sébastien, mais il la tenait fermement
sous son joug
par la violence et la terreur qu'il exerçait sur elle. Entre deux beuveries, le garçon courait les filles, et ses fredaines faisaient
l'objet de colpor-
tages malveillants. Et à ceux qui le raillaient ou le méprisaient, il expliquait que sa femme était
seule responsable de ses écarts de conduite puisque incapable de le satisfaire en quoi que ce
soit et tout juste bonne à jeter aux orties.
Sous le fardeau des coups, des insultes, des bassesses, Marion dépérissait. Cependant, la nature ne voulut pas qu'elle meure ni qu'elle continue à souffrir
ainsi.
Un jour de soûlerie, Sébastien se fit renverser par un cheval et fut tué sur le coup. Personne
ne le pleura, pas même les nuages, ni l'aube.
Et Marion reprit goût à la vie.