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Fable sonore, dite par Léon Dupilet
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Chacun a son défaut, où toujours il revient :
Honte ni peur n'y remédie.
Sur ce propos, d'un conte il me souvient :
Je ne dis rien que je n'appuie
De quelque exemple. Un suppôt de Bacchus*
Altérait sa santé, son esprit, et sa bourse :
Telles gens n'ont pas fait la moitié de leur course*
Qu'ils sont au bout de leurs écus.
Un jour que celui-ci, plein du jus de la treille,
Avait laissé ses sens au fond d'une bouteille,
Sa femme l'enferma dans un certain tombeau.
Là, les vapeurs du vin nouveau
Cuvèrent à loisir. A son réveil il treuve*
L'attirail de la mort à l'entour de son corps, |
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Un luminaire, un drap des morts,
" Oh ! dit-il, qu'est ceci ? Ma femme est-elle veuve ?
Là-dessus, son épouse, en habit d'Alecton*,
Masquée, et de sa voix contrefaisant le ton,
Vient au prétendu mort, approche de sa bière*,
Lui présente un chaudeau* propre pour Lucifer.
L'époux alors ne doute en aucune manière
Qu'il ne soit citoyen d'enfer.
" Quelle personne es-tu ? dit-il à ce fantôme.
- La cellerière*
du royaume
De Satan, reprit-elle ; et je porte à manger
A ceux qu'enclôt la tombe noire. "
Le mari repart*,
sans songer :
" Tu ne leur portes point à boire ? " |
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Bacchus : nom
latin de Dyonisos, dieu grec de la végétation en particulier de la vigne et du vin. Suppôt
de Bacchus = ivrogne.
La moitié de leur course : la moitié de leur vie.
Il treuve
: archaïsme pour il trouve. Dans l'ancien français le verbe trover ou trouver faisait treuve à
la troisième personne du
singulier de l'indicatif.
Alecton
: l'une des trois Furies de la mythologie romaine. C'est une reprise de la mythologie grecque, les Erinyes : Alecto,
Tisiphoné et Mégère sont les déesses de la Vengeance.
Bière
: non ce n'est pas la boisson ! C'est l'autre mot pour désigner un cercueil. Il vient de l'allemand Bahre
ou bâra (ancien haut
allemand), civière.
Chaudeau
: bouillon chaud.
Cellerière : nom de la religieuse qui, dans les couvents de femmes, est chargée du soin des provisions
de bouche. Dans les
couvents d'hommes, on dit le cellerier.
Le mari repart
: il réplique, il répond - sans songer : sans réfléchir.
Merci spécialement à Thierry Klein d'avoir
pris la peine de chercher et de m'envoyer cette fable avec ses précieuses explications. |
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