Oui, c'était
bien son visage, celui d'un homme avec dix années de plus et quarante kilos de
moins. Dix ans déjà ! Dix ans de tâtonnements, de maturation, d'entraînement, de prépara-
tion, mais aujourd'hui, il était enfin prêt.
Tout
ragaillardi à cette idée, Samuel lissa ses longs cheveux blancs, les sépara soigneu-
sement en deux et les lia sur sa nuque. Il avala d'un trait son café sucré de miel, mangea
seulement deux biscottes nature. Ne pas s'alourdir. Surtout ce matin.
Il enfila
sa djellaba, prit un paquet recouvert de plastique vert et sortit. Comme d'habitude,
les gens allaient se retourner sur son passage. Aujourd'hui, il n'en avait cure. Mieux, il les
comprenait. Un homme de soixante-treize ans, de quarante-trois kilos pour un mètre
quatre-vingt-cinq, coiffé avec une queue de cheval et portant une djellaba blanche, on n'en
croisait pas dans toutes les villes de province.
Un rire
intérieur secoua sa grande carcasse. La djellaba. Ça aussi, ça faisait dix ans. Cet
accoutrement lui avait permis de détacher de lui les quelques amis et les rares membres
de sa famille encore vivants. Pour son projet, il avait besoin d'être seul. Et maintenant, tout
se déroulerait comme il l'avait prévu.