Une fois derrière
la barrière d'arbustes touffus, nul ne pouvait l'apercevoir de la maison. Il
se ferait gronder en rentrant, tant pis, mais ce ne serait pas avant deux ou trois heures.
Une éternité ! Il prit
la direction des vignes. Les grappes noires s'étalaient mollement, attendant d'être
cueillies, offertes. Il en chipa une au passage : les grains gorgés de soleil s'écrasèrent
sous son palais. Le raisin était mûr à souhait. Un délice. C'est de cette manière
qu'il
aimait le manger et non pas à table, prisonnier de sa chaise.
Il passa
près de la mare redevenue boueuse par la dernière pluie. Il remarqua les
empreintes récentes laissées par les pattes de sangliers. Ils avaient vagabondé par-là,
depuis peu. C'était leur traversée favorite, au milieu des chênes jaunis et de la gadoue. Ils
s'étaient frottés contre les arbres puis étaient repartis en laissant des marques le long
de
l'écorce. Il continua
par le chemin qui mène à la vieille maison délabrée. Elle l'attendait, il en était
certain. Il faisait le projet de l'acheter et de la reconstruire quand il serait grand. Il aurait
aimé connaître son histoire, savoir qui l'habitait autrefois et pourquoi ses propriétaires
l'avaient abandonnée ainsi. Comment pouvait-on l'avoir oubliée ? Elle était si belle, même
maintenant avec ses flancs éventrés. Elle sentait bon le serpolet et le thym sauvage.