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C D L V O
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de ses frères et sœurs, elle découvrit un nouveau lieu de vie, de nouveaux visa- ges humains, un autre animal : un chien plus ancien qu'elle dans la maison. Nous qui n'avions plus eu de chat depuis... oh ! disons vingt ans, et le chien qui n'en connaissait aucun, avons fait notre apprentissage. J'avais oublié qu'un chat giflait volontiers mais c'est le caniche qui en fit les frais. Elle commença par lui cracher au nez quand il vint la renifler pour faire connais- sance, puis elle le calotta de plusieurs taloches rapides, sèches et dures, avant de se sauver derrière le tas de bois, la queue en goupillon. Elle obligea toute la famille à se mobiliser pour remuer une quantité certaine de bûches. Nous l'avons récupérée tant bien que mal, après qu'elle se soit cachée à gauche quand nous la cherchions à droite, et inversement. Ces premiers émois passés, elle commença à vivre sa vie de chatte. Il faut comprendre par là que si un chien vit chez vous, vous vivez dans la mai- son d'un chat. Par exemple il ne vous répondra que s'il juge utile de le faire. En toutes circonstances il n'agira qu'après avoir mûrement pesé sa décision. Mais alors il ira au bout de son idée, quitte à prendre de gros risques. Dans les premiers temps, le soir, quand nous donnions sa pâtée au chien nous avions à peine fini de poser sa gamelle par terre qu'une petite boule poilue, noire et rousse, surgie de nulle part, en avalait déjà goulûment le contenu... entre les pattes du chien. Le chien, après avoir grogné pour la forme, se reculait poliment pour laisser manger la chatte. Trop suffoqué par ce culot monstrueux, doublé, sans doute, par le souvenir encore frais des baffes qu'il avait reçues. Notre chatte, comme tous les chats, aime ce qui vole : oiseaux, mouches, guê- pes, poussières, etc. Elle a très vite repéré que les papillons, les éphémères, venaient le soir danser un ballet zonzonnant autour des lampes allumées. Bien
Elle joue à " savez-vous planter les chats ? " et grimpe dans une jardinière pleine de terreau accrochée au mur. Quand le soleil donne à plein sur cette jardinière, que la chaleur se confine entre le mur et la terre, il doit faire entre cinquante et soixante degrés là-dessus. Mais c'est là que la chatte préfère se vautrer. Elle y dort en ronronnant furieusement. Enfin… Elle y dormait. Un jour elle a bondit sur cette terrasse improvisée une fois de trop et, dans un bruit apocalyptique, l'a fait dégringoler au sol, elle coincée dessous. Maintenant elle bronze ailleurs... ... Sur le prunier des voisins, par exemple. La première fois que nous l'avons vue tout en haut de ce grand arbre nous avons pensé " Elle ne saura jamais descen- dre ! " Nous l'appelions, nous essayions de l'amadouer par tous les moyens sans qu'elle daigne faire plus que tourner la tête vers nous en miaulant vague- ment. Puis nous avons recouru à un subterfuge vieux comme le monde qui con- siste à taper la gamelle du chat de manière à la faire résonner (ou à secouer le paquet de croquettes, d'autres vous diront qu'il suffit d'ouvrir la porte du réfrigé- rateur.) Elle fut à nos pieds en dix secondes avec une sûreté de pattes confon- dante. Depuis nous sommes devenus philosophes et c'est d'un oeil serein que nous la regardons pratiquer son numéro quotidien de haute voltige.
l'autre, le linge qui s'affale et se soulève au gré des vagues artificielles, les bulles de lessive sans arrêt renaissantes, le schhhh-schlof ! de la machine, la fasci- nent. Dressée sur ses pattes arrière elle s'étire contre le hublot dans l'espoir (toujours déçu) de plonger ses coussinets ronds dans le tourbillon savonneux et d'attraper du bout de ses griffes de nacre ces formes mouvantes, si terri- blement captivantes. Elle est goulue. Elle a faim, très faim, toujours faim, et le fait si bien savoir qu'il est impossible de l'ignorer. Naturellement douée pour le chant et le mime, elle exploite ses talents sans vergogne. Si elle ne nous assourdit pas assez par toute une gamme de cris modulés, elle sautera sur une chaise vacante, et là, le men- ton au ras de la table, les oreilles à l'horizontale, ses yeux obliques braqués droit sur nous, elle ouvrira bien large un petit four rose, dentu de blanc, dont aucun son ne sortira. Les grandes douleurs sont muettes. Lui tendons-nous, au bout de nos doigts, un morceau de quelque chose, qu'elle fera la belle et le mangera tout entier, debout, en équilibre instable, après avoir, d'une patte en cuillère posée contre nos doigts, amené notre main au plus près de sa gueule. Cette petite bête, mince au demeurant, mange de façon effrayante. Il faut la voir ingurgiter à toute allure ses portions et l'entendre roter bruyamment après le repas. Admirez son ventre soudain ballonné qui l'oblige à marcher en titubant, les pattes légèrement écartées, jusqu'au fauteuil où elle ira digérer en dormant. Puis quand elle se réveillera elle ira probablement jusqu'à sa caisse se libérer un peu, avant de courir après les mouches, de marcher sur les meubles, de se toiletter longuement (comme s'il fallait à tout prix qu'elle remette en place ce fa- meux poil rebelle numéro sept cent trois mille quatre) avant de venir nous récla- mer de l'attention. De nous rendre gagas, de faire de nous ses esclaves.
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