ACCUEIL du site Bibliothèque des Parents Chronique de la Vie Ordinaire
   

CHRONIQUE DE LA VIE ORDINAIRE

C
H
R
O
N
I
Q
U
E

D
E

L
A

V
I
E

O
R
D
I
N
A
I
R
E




CHRONIQUE DE LA VIE ORDINAIRE

C
H
R
O
N
I
Q
U
E

D
E

L
A

V
I
E

O
R
D
I
N
A
I
R
E

       

Chacun chez soi, chacun pour soi, chronique de Liliane Alarcon

Claire et Paul, couple aisé, s'offrent le luxe de vivre ensemble... à distance.
Puisqu'ils en ont les moyens ils font terriers séparés. Séparés par un bon
nombre de kilomètres, pour plus de sûreté. Si c'est très pratique pour rester
d'éternels fiancés, c'est moins commode pour communiquer au quotidien.
Il y a quelquefois des hiatus :

- - -

- Allo, Sylvie ? Bonjour, c'est Claire. Dis voir, je n'arrive pas à joindre Paul
..depuis trois jours, même sur son portable. Tu ne l'as pas vu, des fois ? Il
..n'est pas passé chez vous ?
- Ben non, qu'est-ce qui ne va pas ?
- Rien, mais comme il ne répond pas, je me fais quand même du souci,
..parce qu'il n'était pas trop en forme quand je suis partie dimanche.
- ...(?)... Luc va aller voir chez lui et on te rappelle.

Quelque temps plus tard, sur le répondeur de Claire :
- Allo, Claire ? C'est Sylvie. Luc est allé voir chez Paul, tout est fermé, la
..voiture n'est pas là, il a dû partir quelque part et il a oublié son portable, ne
..t'en fais pas. Je t'embrasse.
... Votre message est bien enregistré. Pour le réécouter faites le 2, sinon
vous pouvez raccrocher
...

- - -

Il fut un temps où l'on se mariait pour le meilleur et pour le pire. De nos jours,
comme disent les nostalgiques des âges d'or révolus, lorsque deux tourte-
reaux se présentent devant Monsieur le Maire - et ils sont encore nombreux -
il leur rappelle solennellement cette belle formule que la jouvencelle et le
jouvenceau s'empresseront d'oublier à la première anicroche. Du moins
on est en droit de le penser, quand on lit dans les revues très informées
qu'un couple sur deux, dans la région parisienne, et un sur trois, en
province, divorcent.

Le meilleur comme le pire sont question d'appréciation personnelle, et s'il
est bien entendu "
qu'il vaut mieux vivre seul que mal accompagné ",
l'humain n'est pas fait pour vivre seul, à de rares exceptions près.
Il n'est qu'à voir le succès des clubs de rencontre, des sites Internet du
genre
serencontrer.com, des associations de célibataires en tous genres,
pour en être convaincus.

Il semblerait qu'hommes et femmes de notre belle époque libérée et désinhibée
soient toujours d'accord pour partager le meilleur, mais pas vraiment le pire. Le
pire incluant le moindre effort d'adaptation réciproque, il sera considéré comme
une insatisfaction personnelle, un empêchement de jouir de sa courte vie, ici et
maintenant.
De là a fleuri la lumineuse alternative : chacun chez soi ! Se voir quand on en a
envie, partager les plaisirs, ne pas encombrer l'autre avec ses états d'âme, ou
ne pas s'encombrer de l'autre, de ses misères et de ses attentes, toutes
choses qui demandent d'ordinaire de pratiquer l'art des petites abnégations
de l'ego.

Dans ces couples libérés qui vivent loin des yeux, loin du cœur, la plupart du
temps, que signifie alors l'inquiétude pour l'autre, au juste ?
Pourquoi considérer n'importe quels copains adeptes ringards de
la-vie-à-
deux-sous-le-même-toit
, comme des fusibles ? Pourquoi ne pas sauter
dans sa voiture, plutôt que de les charger (par téléphone et si possible au
milieu d'un repas) d'un fardeau qui n'est pas le leur, a priori ? Parce qu'ils
habitent à côté de " l'autre ", ou pour se décharger sur eux et au plus vite
d'une inquiétude insupportable parce qu'inhabituelle, en étant sûr que ces
maniaques la prendront effectivement à leur compte d'une façon délicieu-
sement désuète ?

Qu'est-ce qui fait qu'on ne veuille pas être dépendant de l'autre, envahi par
l'autre, mais qu'on attende de lui, à distance, une attention soutenue ?
L'amour ? Ah Oui ? Tiens… l'amour… Mais lequel ? Et - s'il s'agit bien de
l'amour de l'autre - dans cette absence voulue comme un remède aux maux
conjugaux, quels moyens lui laisse-t-on de se forger au feu et de s'épanouir ?

- - -

- Allo, Sylvie ? C'est Claire ! Je ne te dérange pas au moins ?
- Nnnnnnon... nnon... on en est au fromage. Ça va ?
- C'est pour te dire : Paul a téléphoné. Il n'avait pas pensé à consulter son
..portable, il est à Paris pour voir le tournoi de Bercy. Bon, ben, il aurait pu
..m'avertir. J'ai l'air de quoi, moi ?

© Liliane Alarcon / C. Bastère-Rainotti
Chronique de la Vie Ordinaire - première publication mercredi 8 novembre 2006
Tous droits réservés, reproduction interdite.

   
ACCUEIL du site Bibliothèque des Parents Retour aux Chroniques