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CHRONIQUE DE LA VIE ORDINAIRE

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CHRONIQUE DE LA VIE ORDINAIRE

     

Lire & RéCréer, Noël cosmique, chronique de la vie ordinaire 31 janvier 2007

Chers lecteurs, j'avais commencé cette chronique bien avant Noël, mais voici
qu'entre les mille préparatifs des fêtes de fin d'année, le fatal enchaînement
des multiples réjouissances qui couronnent ces préparatifs et la flemme qui
s'ensuivit, je n'ai trouvé le moyen de la finir qu'après la galette des Rois.

Légende dorée de notre enfance racontée à mes filles.

Dans la tradition chrétienne, les femmes, créatures secondaires, sont les mules
de bât prédestinées pour porter le poids du péché originel commis par mémé Eve.

Le péché originel consiste à avoir goûté aux fruits de l'arbre de la connaissance.
Eve a croqué dedans à pleines dents. C'est mal ? Très mal. Contraire aux ordres
divins, si j'en crois les Ecritures et les pères de l'Eglise. Ce qui confirmerait que
(même s'il est communément admis de nos jours que ce n'est pas en cherchant
à améliorer la bougie qu'on a trouvé l'électricité, que la terre est ronde et qu'elle
tourne autour du soleil), il fut un temps où la mainmise des religieux sur le profane
freinait sec sur les découvertes capitales en limitant l'exploration scientifique dans
un pré carré, strictement borné à leurs pauvres lueurs qui confondaient éthique
avec révélations divines, et morale avec tabous.

J'entends bien qu'on ne fonde rien sur le chaos, que, par exemple, pour ôter
l'arme de la main de la brute, il fallait des valeurs un peu plus subtiles que le bas
matérialisme de survie. Les nations se sont bâties sur et autour de langages
communs aux peuples, une religion commune à tous. Après tout, les premiers
hommes avaient déjà l'intuition d'une autre dimension puisqu'ils enterraient leurs
défunts et qu'ils déposaient des fleurs et autres menus objets dans leurs tombes.
Je ne crois pas que ce soit la peur de la mort qui les ait incités à s'accrocher à
ce rite, eux qui affrontaient quotidiennement un monde bien plus hostile, dange-
reux et réaliste que ce que nous pouvons imaginer.

Ceci posé, je ne sache pas qu'il fallait, au nom du divin, bien des siècles après,
couper l'humanité en deux moitiés opposées.

Pourtant, du moins c'est ma façon d'interpréter les textes, à l'époque à laquelle
Dieu était en prise directe avec ses ouailles, sans autres intermédiaires que les
anges, c'est tout de même une femme qui aurait ouvert les yeux la première,
se serait lancée dans la recherche fondamentale en acceptant la responsabilité
de mordre à la connaissance. C'est plutôt bien. Pas mal du tout. Courageux en
tous cas. Mais je suis une femme, et, naturellement, je n'oublie pas qu'aux yeux
des scripteurs masculins d'une transmission orale séculaire, suivant leur
propre rigidité, leur propres peurs, leurs propres lacunes, leur désir prégnant
d'installer une politique patriarcale, il fallait quelqu'un pour assumer cette
contrevérité, cet absolu non sens : le péché originel.

En fouillant un peu, on tombe sur une tradition juive, la tradition kabbaliste, bien
plus vieille que la tradition chrétienne mais méthodiquement occultée par elle. Il
est écrit dans le Zohar que Dieu aurait façonné l'homme ET la femme le même
jour. Il les nomma Adam et Lilith.
Comment, Eve n'est pas la première femme ? Non, non, la première femme fut
Lilith. Elle avait tout à fait conscience d'exister et n'appréciait guère qu'Adam
veuille la dominer. Il est expressément rapporté qu'Adam ne pratiquait dans
l'amour que la position dessus, imposant à Lilith la position dessous. La chose
devint insupportable à Lilith, tant elle était contraire à leur statut égalitaire. Elle
demanda des ailes pour sortir du paradis. Les Anges, jugeant sa demande
fondée, les lui accordèrent. Voilà pourquoi et comment Lilith quitta Adam, en
toute légalité, dirais-je.
La suite de l'histoire dit qu'elle rencontra Samaël Satan, autrement dit Lucifer
(littéralement : le porteur de lumière, que je rapproche du Titan grec Prométhée)
et qu'il vécurent heureux dans la vallée de Géhenne.

Par quel tour de passe-passe, ensuite, Lilith devint la reine des succubes, Lucifer
le diable et la vallée de Géhenne, l'enfer, je renonce à le comprendre. Remarquez,
je renonce aussi à comprendre comment on peut confondre religion et foi, l'une
tenant de la fantasmagorie, l'autre de la réflexion assidue et de la conviction
intime, deux choses qu'on ne saurait partager aisément avec son voisin. Mais
passons...
La malice humaine est infinie, elle s'appliqua, dans ce domaine, à saboter un
mythe de parfaite parité, où il n'y avait ni dominant, ni dominé. Il suffisait de lui
coller sur le dos le costume d'une légende atrophiée et de commencer la Genèse
à Adam et Eve.

Donc, Lilith ayant fiché son camp autre part, Adam se retrouvait seul en Eden.
Seul et triste. Dieu déplorait qu'Adam fût seul et triste, et puis Il avait un Dessein
à suivre. Il décida de créer une seconde femme. (Vous noterez que le problème
d'un homme pour deux femmes remonte à l'origine du monde). Ce coup-ci, il la
façonnerait avec un fragment de l'argile qui composait Adam.

Vous savez ce que c'est, ces histoires d'argile, on en prend çà et là, au bord des
rivières, on pense : de l'argile, c'est de l'argile. C'est faux. N'importe quel potier
vous le dira, selon ce qu'on veut fabriquer, il y a des places, quelquefois à un
mètre près, où l'argile est meilleure, plus fine, plus apte au modelage, plus
résistante au feu.

Puisque sa fille aînée, Lilith, ne s'était pas accordée avec son compagnon, Dieu
en conclut sans doute qu'il fallait voir dans ces caractères marqués une question
d'argiles hétérogènes. Pour limiter les risques d'une deuxième séparation (Dieu
est pour la paix des ménages), mais surtout pour assurer une descendance à ce
futur nouveau couple, Il se lança dans le clonage. Il anesthésia Adam, préleva une
de ses côtes, la mit en culture, et attendit le temps qu'il fallut pour que se levât
Eve, pétrie dans la même pâte qu'Adam.

Génétiquement parlant, c'était très fort. En dupliquant la matière, Dieu bannissait
toute incompatibilité physiologique entre Adam et Eve, la petite graine d'Adam
avait de bonnes chances de croître dans le ventre d'Eve à tout coup, quel que fût
le mode de plantation, à la missionnaire ou pas. Je ne sais pas ce que cela peut
donner au niveau consanguinité, à terme, ces histoires de mariages entre frères
et sœurs, ni sur le plan de la morale telle que nous la pratiquons maintenant,
mais il faut bien un début à tout, et sur le coup ce fut une réussite parfaite.

Jusque là, tout va bien. Les Ecritures nous disent qu'en Eden le mode de vie était
plutôt " keep cool ", genre éternelles vacances à Hawaï. Un décor de rêve, une
température constante, de la nourriture à gogo sans lever le petit doigt, des accou-
chements sans douleur (la péridurale, déjà, vous croyez ?). Alors qu'est-ce qui lui
a pris, à notre mère Eve de vouloir autre chose ?

Eh bien, c'était une femme, voilà ! Dieu ne s'était pas contenté de fabriquer de la
matière, Il lui avait aussi soufflé dans les narines pour lui insuffler l'Esprit. Du jour
où elle a été mère, elle a sans doute souhaité pour ses enfants qu'ils dépassent
leurs parents, qu'ils soient libres. Mais comment ?
Eve devait avoir l'intuition que la confortable vie en Eden était seulement une vie
d'assistés, une vie de rats de laboratoire, en somme. Il fallait ouvrir une autre voie,
aller de l'avant. Qui pourrait l'aider ?

Il y avait un arbre, dans le jardin d'Eden, sur lequel poussaient les fruits de la
connaissance. On nous parle d'un pommier. Je veux bien, moi. Mais quels que
fussent ces fruits, il ne fallait pas en manger. La connaissance est nuisible. Allons
bon ! On nous cache tout, on nous dit rien ?
On nous parle d'un mauvais conseiller, d'un tentateur en forme de serpent (ani-
mal superbe, caducée des gens qui soignent, emblème d'Hermès Trismégiste)
qui aurait perverti Eve au point de lui faire goûter au fruit archi défendu. Vous ne
m'ôterez pas de l'idée que sous la peau du serpent il y avait Lilith l'affranchie.
Quant à donner de mauvais conseils à Eve, je dis non. Elle a dû écouter sa petite
sœur et lui dire que la connaissance n'est pas sans risque, qu'elle donne beau-
coup plus de devoirs et de responsabilités que de droits. Que la connaissance
c'est aussi la fin de l'innocence, de cette innocence charmante, mais un peu
bébête, liée à l'ignorance de la petite enfance. Bref, la connaissance c'est le
passage à l'âge adulte.

Eve mordit gaillardement dans la pomme. Après quoi ce qu'elle vit, à la lumière
de la connaissance, lui plut. Elle initia Adam qui croqua à son tour dans le fruit.
Ainsi dotés, ils firent ce que font tous les enfants : ils quittèrent la maison natale
pour découvrir le vaste monde avec les conséquences normales que cela en-
gendre. Ils eurent tout plein d'autres enfants dont nous sommes potentiellement
les descendants.
Fin de la légende dorée de la Genèse, revue et corrigée à ma sauce.

Je vous épargne le reste, les meurtres divers, les incestes, les parricides, les
guerres, les conquêtes dont est rempli l'Ancien Testament. Les médias actuels
ont avantageusement pris son relais. Ce qui tendrait à prouver qu'il n'y a rien de
neuf sous le soleil.

Le Nouveau Testament est sans doute une bouffée d'oxygène roborative bien que
les femmes y jouent un rôle mineur, dans un monde résolument masculin.
Marie-Madeleine, seule figure un peu saillante dans le petit lot, était une prostituée.
Cette pauvre Marie, exemple des exemples d'idéaux féminins chrétiens et préfa-
briqués, ne pouvait enfanter Jésus qu'à condition d'être vierge... Comme si la Vie
avait besoin de prendre d'autres chemins que celui qui lui est naturel pour se
manifester ! C'est faire offense à la chair que de la mépriser ou de la glorifier,
mais c'est faire une plus grande offense à l'Esprit que de penser qu'il puisse
choisir de s'incarner via un autre schéma humain, défini dès l'origine, que
personne n'enfreint, même pas Dieu.

Faut-il que la " sauvagerie " des femmes soit effrayante aux hommes pour qu'il
faille à tout prix en faire soit des Gorgones, soit des êtres asexués.

Par conséquent, les femmes, reléguées au rang de mammifères pensants, doux
et quasiment bêlants, héritières de fraîche date d'une âme et du droit de vote, se
sont habituées à rester dans l'ombre, et, dans l'ombre, à pressentir et à voir l'in-
visible sans en avoir honte. Ce sont celles qui portent la vie dans leur ventre,
celles qui conversent le plus volontiers avec les fantômes, fleurissent les tombes.
C'est leur côté charmant et rassurant, mais c'est aussi ce qui fait d'elles des sor-
cières. Elles sont investies d'une puissance terrible, celle de révéler les choses
cachées, les mystères. Elles enfantent, elles sont les guérisseuses, elles con-
naissent les poisons et les contrepoisons. Elles sont douées d'une curiosité à
toute épreuve proche de l'iconoclastie. Elles en paient cher le prix.

Les femmes connaissent l'infini déplaisir d'être tenues sous le boisseau par les
hommes, même à notre époque où pourtant les religions ne servent plus qu'à
trouver prétexte aux guerres de conquête du pétrole et de l'eau. Je suppose qu'il
serait dérisoire de vouloir estimer, même à la louche, le nombre considérable
d'intelligences féminines auxquelles les mœurs, les églises, la bonne éducation,
n'ont pas laissé le loisir de s'épanouir. De même qu'il faut rester de marbre, ne
pas perdre patience, lorsqu'un homme - au demeurant loin d'être idiot - prend
comme une preuve par neuf de l'infériorité intellectuelle des femmes, la quasi
absence de noms féminins aux frontons des panthéons artistiques ou scienti-
fiques. Il faut prendre la peine d'expliquer à cet homme, ou de redire pour la
millième fois que ces femmes dont on n'a pas retenu les noms ont souvent agi
dans le secret, en endossant des pseudonymes masculins, ou en prêtant leur
talent, leur génie à leurs célèbres compagnons. Si tant est qu'elles n'ont pas
été enterrées vivantes dans des couvents.

On ne chasse pas d'un revers de main une habitude aussi commode prise depuis
des siècles, comme il est vrai qu'il ne faut pas attendre de changement de la part
de ceux à qui le crime profite. A ce titre, il serait plus que souhaitable que les
femmes prennent leur destin en mains, sans les dérapages des suffragettes, ni
les excès du M.L.F. lequel, après avoir déstabilisé les hommes, n'ont pas su leur
donner les clés de la réconciliation. Il ne s'agit pas de privilégier un sexe par rap-
port à un autre, d'être l'ennemi de l'autre, mais son égal, simplement son égal, en
gardant précieusement toutes les caractéristiques propres à chacun qui font d'un
sexe le complément indispensable de l'autre. Pour abroger une loi il faut d'abord
être hors la loi, sortir de l'ombre confortable (elle peut être confortable !) et s'expo-
ser en pleine lumière.

En conclusion, partout dans le monde, puisque par tradition très peu d'hommes
éduquent leurs enfants, les femmes devraient arrêter de faire de leurs fils de
parfaits machos et de castrer leurs filles dès le berceau. C'est dans cette
genèse-là que le courage des femmes devrait, doit s'exercer en tout premier lieu.

© Catherine Bastère-Rainotti - tous droits réservés, reproduction interdite.
Chronique de la Vie Ordinaire - première publication mercredi 31 janvier 2007

   
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