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CHRONIQUE DE LA VIE ORDINAIRE

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CHRONIQUE DE LA VIE ORDINAIRE

      Un seul - Chronique de la vie ordinaire

Depuis quelques mois, Lire & RéCréer est équipé d'un outil de statistiques ultra
détaillées qui me permet d'observer quelles sont les pages lues, avec quel OS,
quelle configuration d'ordinateur, quelle résolution d'écran, via quels liens, quels
mots clés, les internautes visitent le site et combien de temps ils y passent.
C'est très pratique, très technique aussi. Pas de quoi faire battre un cœur, sauf
celui d'un disque dur.

Non, le plus émouvant, ce que je préfère là-dedans, c'est la rubrique " synthèse
géographique ". Je vois d'où viennent les visiteurs, de quel continent, de quel
pays, de quelle ville. Et comme, à force d'échanges épistolaires, j'ai noué des
contacts ici et là, certains noms parmi ceux des villes affichées, sont attachés
à des gens bien précis qui vivent dans ces cités. J'aime à penser qu'ils font
partie des visiteurs, et c'est comme s'ils me faisaient un signe discret d'amitié.

Avantage supplémentaire : je soigne petit à petit mon incurie en géographie
avec la cartographie de cette synthèse. Je commence à situer plus où moins
le monde dans son ordre. Oui, bon, n'exagérons rien, il ne faudrait pas trop
gratter ce vernis tout neuf pour retrouver le cancre.

Cela me permet aussi de rêver à des endroits où je ne mettrai jamais les pieds,
à moins que je ne gagne au Loto et que je vive deux cents ans : les Caraïbes,
l'Australie, le Brésil, l'Argentine, le Pérou, le Venezuela, le Chili, le Tennessee,
le Maine, le Wyoming, Boston, New-York, l'Alaska, la Russie et Smolensk,
Novgorod, Irkoutsk, Volgograd. La Turquie, la Syrie, les Emirats Arabes, la
Jordanie, l'Iraq, l'Ouzbékistan, le Kazakhstan, l'Inde, l'Iran, le Pakistan, le Japon.
La liste est loin d'être exhaustive mais je sens bien qu'il faut que je l'abrège sous
peine de vous lasser. Pour résumer, le site fait le tour de la terre, ou quasiment.
La Chine, la Mongolie, le Tibet, l'Afghanistan sont drastiquement absents des
consultations.

Il y a des pays plus exotiques que d'autres pour la Française que je suis, d'autres
enfin qui me ramènent à l'Histoire, l'ancienne et l'actuelle.
C'est ainsi que l'autre lundi matin, à la fraîche, j'épluchais les statistiques géogra-
phiques de la veille en écoutant les informations à la radio. J'étais au Liban, plus
précisément à Beyrouth. Il n'y avait eu qu'un visiteur, mais quel visiteur ! Il avait
passé plus de deux heures sur le site, il avait lu quantité de contes, de comp-
tines, de poèmes, de fables et quelques nouvelles.
J'étais en pleine exploration lorsque j'entendis à la radio " Liban : deux attentats
dimanche. Le premier dans le quartier à majorité chrétienne d'Achrafiyeh, et le
deuxième dans la zone à majorité musulmane sunnite de Beyrouth. " Suivaient
le nombre de morts, celui des blessés. Le soir, à la télévision, j'ai pu me rendre
compte de visu des dégâts matériels.

J'ai activement et longuement essayé d'imaginer cet unique visiteur Beyrouthin
de ce dimanche là. Qui était-il : un Français expatrié, un Libanais francophone,
un enfant, un adulte ? Où habitait-il, dans Beyrouth ? Etait-il sain et sauf ? Les
statistiques ne peuvent pas le dire.

Lorsque je serai fatiguée, le moral en berne, lorsque je me demanderai une fois
de plus " à quoi ça sert, tout ça ? ", toutes ces heures d'écriture que les auteurs
donnent au site, toutes celles que je passe à le maintenir, je repenserai à ce
Beyrouthin. Par la même occasion je joindrai dans mes pensées une institutrice
de Wallis et Futuna et ses collègues de Saint Pierre et Miquelon, ceux de Mayotte
qui luttent pour garder vivante la langue française et qui se servent beaucoup
du site dans ce sens. Je repenserai à cette toute petite fille de deux ans dont la
maman m'écrivait qu'elle court vers l'ordinateur dès qu'elle entend la musique
du portail des comptines.

Finalement, c'est l'exact rôle des baladins de passer partout, là où il y a la guerre,
là où il y a la paix, dans tous les foyers, pour tout le monde, les jeunes, les vieux,
les isolés, les méprisés, de ne pas s'occuper de religion, ni de politique, mais de
donner de la joie et du rêve, d'offrir un peu de bonheur, un moment hors du temps,
hors des soucis. C'est une lourde responsabilité mais c'est surtout une grâce,
pour un saltimbanque, d'avoir su toucher un seul être.

© Catherine Bastère-Rainotti - tous droits réservés, reproduction interdite.
Chronique de la Vie Ordinaire - première publication vendredi 1er juin 2007
   
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