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C D L V O
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Ou quelques réflexions intéressantes sur le site Lire et RéCréer que j'ai pu glaner auprès de la majorité de mes proches : - Se demandent ce qui me prend "à ton âge !" - Evitent soigneusement d'en parler. - N'ont pas le temps d'aller le visiter, ne l'auront jamais. - Sont discrètement dubitatifs mais restent à l'affût soit de l'échec, soit du succès. - Se demandent combien je gagne de sous avec. - M'inondent d'idées géniales pour que je gagne des sous avec. - Espèrent que ça ne nuit pas à mon gagne-pain quotidien. Ou quelques réflexions intéressantes sur le site Lire et RéCréer que j'ai pu glaner auprès de personnes que je n'ai jamais rencontrées mais qui se donnent la peine de m'écrire : - Aidez-moi à trouver tel conte - Quelles sont les références de… ? - Pouvez-vous lire ce manuscrit ? - J'aime bien. - Longue vie ! - Merci. Ecrire, publier numériquement et gratuitement des âneries pour enfants, ce n'est pas sérieux, évidemment. Contrairement aux âneries emmerdatoires pour adultes sur papier, donc doublement sérieuses, et peut-être prix-littérables avec, à la clé, la notoriété et la fortune. Je reconnais qu'avoir la passion d'écrire, peindre, danser, sculpter, dessiner, chanter, faire de la musique, jouer la comédie, jouer au golf (j'en connais !), de prendre du temps pour sacrifier à cette passion, quand on n'est pas payé pour le faire, pas célèbre ou pas encore à la retraite, c'est nul. C'est nul et pernicieux. Cela vous entraîne fatalement sur une pente savonneuse au bas de laquelle vous vous retrouvez à sourire à un inconnu comme ça, pour rien, à faire confiance, à donner des trucs que vous auriez pu VENDRE ! Naturellement, tous les gens bien, forts de leur compte-épargne, de leur pavillon, de leur convention-obsèques, vous interrogeront, à juste titre : " D'accord, mais à part ça, vous avez quand même un vrai métier ? " Bien sûr, eux ne vous donneront pas votre pain quotidien, parce qu'ils sont sérieux et ne vivent qu'avec des gens sérieux. Cependant, une pointe de folie ne leur dé- plait pas : chez les autres ils tolèrent une chaise posée en biais, un tiroir mal fermé, une porte qui grince. Ils comprennent même l'expression " passe-temps ". Mais pour eux, la passion, c'est un peu comme une maladie honteuse. Puisqu'il faut parler de l'étiquette que nous trimbalons tous, attachée fortement à nos activités publiques et lucratives, qui laisse si peu de place à un autre éclaira- ge de notre personnalité, de toute évidence le maçon ne pourra pas être saxo- phoniste, la mercière : dramaturge, le pharmacien : peintre sans perdre une bonne partie de leur crédibilité. Je me demande à partir de combien d'heures par jour passées à satisfaire notre passion devenons-nous ridicules aux yeux des légions qui ont besoin d'être sans arrêt rassurées par un immuable pragmatisme à la grisaille passe partout… ? Que changent-ils au monde, ceux-là qui sont tombés dans la bassine à superflu quand ils étaient petits ? A quoi servent-ils ? Peut-être simplement à rendre la vie ordinaire supportable. Catherine Bastère-Rainotti - Juillet 2002 - Tous droits réservés 1er anniversaire de lirecreer.org |
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