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        Lire et RéCréer - le chien - Chronique de la vie Ordinaire
J'avais dit :
-" Un caniche ? Jamais ! Pas de chien-chien à sa mémère chez moi, c'est vicieux, gueulard,
parfaitement fin de race. Un chien mâle ? Sûrement pas ! C'est dominant et ça fait pipi partout."

Bref, j'ai un caniche noir. Mâle. Allons, pas d'accusations hâtives. Ce n'est pas de ma faute.
Voilà : ma chienne, née à la maison, venait de s'endormir pour toujours dans mes bras.
C'était la deuxième fois qu'il me fallait passer par cette épreuve qu'on appelle l'euthanasie.

C'est-à-dire qu'il faut décider arbitrairement de la mort d'un animal qui vous regarde jusqu'au
dernier instant avec des yeux remplis d'amour et de confiance. Le vétérinaire à beau être un
homme d'une bonté exceptionnelle je ne pouvais tout de même pas pleurer à mon aise dans
son cabinet. Vous savez : sanglots, gémissements, morve au nez, traits bouffis. Il était déjà
assez embêté comme cela. Lui non plus n'aime pas cet aspect de son métier.

Pas plus que je ne pouvais sangloter dans la rue, sur le chemin du retour, avec la laisse dans
la main et rien au bout. Ni vraiment à la maison (ne pas traumatiser les enfants) où tout me
rappelait l'absente.
Pourtant, pour endiguer le spleen, j'ai une méthode prophylactique infaillible : cacher, jeter ou
donner tout ce qui a appartenu au chien. Je me méfie comme de la peste de la boîte de
Cani-Wouf au bœuf (pas à l'agneau, elle ne l'aime pas) que je peux rencontrer au détour d'une
étagère. Je redoute le jouet oublié dans lequel on bute et qui joue sa musique, la même
musique qui faisait débouler la chienne comme un obus : " On joue ? On joue ? "

Les souvenirs suffisent bien à me rendre malade de chagrin. J'ai dit :
-" Je n'aurai plus de chien. Ils vivent si peu de temps. Ils laissent un si grand trou dans le cœur
quand ils partent. "
Au bout de dix jours, j'étais comme une cocotte-minute dont la soupape est bouchée : au bord
de l'explosion. Il y avait une prime à la peine. C'était de découvrir que je ne supportais pas de
vivre dans une maison sans chien.

Qu'à cela ne tienne ! Aux grands maux les grands remèdes : allons chez le coiffeur !
Les femmes ont cette faculté naïve, faute de pouvoir changer ce qu'il y a dans leur tête, de
changer ce qu'il y a dessus et de s'en trouver mieux.

Chez le coiffeur :
-" Bonjour Madamheuheu...."
Il faut vous dire que chez les commerçants, je fais partie du clan des "Madamheuheu.." Je peux
aller chez eux tous les jours pendant dix ans, comme je ne râle pas, que je ne laisse pas
d'ardoise, ils ne se souviennent jamais de mon nom.
-" Elle a une petite mine aujourd'hui. Elle a perdu sa chienne ? Elle a mis des annonces ? Ah !
Elle est morte... Autant pour moi." me dit la coiffeuse.

Avec sa manie de tout conjuguer à la troisième personne du singulier j'ai, premièrement,
tendance à regarder derrière moi pour voir à qui elle parle, deuxièmement, je ne sais jamais trop
de qui elle parle.
D'habitude j'évite la confidence publique, mais pour le coup, j'ai laissé déborder le trop-plein.
Et je n'ai pas été si mal inspirée. La coiffeuse est une amie des bêtes et elle voit beaucoup de
monde. Figurez-vous que pas plus tard qu'hier une vieille dame venue pour une mise en plis et
un petit coup de bleu pour déjaunir les cheveux blancs, lui a dit qu'elle cherchait à placer un
chien qui venait, lui, de perdre son maître. L'âge du chien, le sexe, la race ? Ben non, la
coiffeuse ne savait pas. Mais, pour sûr, ce devait être une bête adorable.
-" Si elle veut, me dit-elle, je lui donne l'adresse de la vieille dame. Elle pourra voir l'animal."

Chez la vieille dame :
Dring !!! fit la sonnette du portail. Des aboiements aigus dans la maison précédèrent l'apparition
d'un petit machin noir et très moche qui criait passionnément au point d'en tressauter sur place.
Le vin était tiré, il fallait le boire.

J'entrai dans le jardin. Le caniche, puisque caniche il y avait, alla incontinent se cacher derrière
les jambes de la vieille dame. Trop tard ! J'avais vu que c'était un mâle !
-" Bla-bla, bla-bla, disait la vieille dame, pure race…, belle bête…, gentil comme tout."
Elle faisait l'article de son mieux, la pauvre.

Moi, je me demandais comment partir vite sans être impolie. Je regardais cet affreux roquet
froussard et tondu jusqu'à la peau, son museau pointu comme un crayon, le prognathisme de la
mâchoire du bas qui lui faisait la tête de Gai-Luron, le chien de Gotlieb.
Je vis qu'il était maigre comme un clou ce qui rendait ses yeux magnifiques encore plus larges
sous la houppette ridicule que la toiletteuse lui avait laissée sur le crâne.

-" J'ai beaucoup de demandes, me dit la vieille dame. Si vous le voulez il faudra me le dire
rapidement."
Je n'en crus pas un mot.
-" Oui, oui bien sûr, répondis-je. Mais, ajoutais-je hypocritement, je ne peux pas prendre de
décision toute seule : je dois en parler à ma famille."
J'avais la ferme intention de ne plus jamais donner de nouvelles. Je m'apprêtais à m'en aller et
j'esquissais déjà un mouvement pour me lever quand le chien, qui jusque là était resté sur un
quant-à-soi impeccable à trois mètres de distance, s'approcha, sauta sur mes genoux et posa
délicatement sa tête sur mon épaule. Il était léger, chaud et doux.
-" Il fait ça souvent ?" demandais-je.
-" Mais non, justement, me dit la vieille dame un peu interloquée. Il est plutôt, heu.. sauvage
avec les étrangers."

Nous avons mis un an à apprivoiser ce sauvage qui n'était sauvage que par excès d'intelligence.
Il avait deux ans. Dans sa courte vie les humains lui avaient fait le coup de le laisser seul à
longueur de temps. De le mettre au régime pour garder la ligne, de le caresser ou de l'ignorer
selon l'humeur du jour, puis de disparaître définitivement.

De son côté, il nous a dressés. Nous savons qu'il est cabochard, qu'il grogne dès qu'il est
contrarié. Et contrarié, il l'est souvent.
Qu'il est allergique à la gomme des pneus et à l'aluminium des jantes ce qui le fait courir après
chaque voiture qui passe, s'il est libre, ou le fait aboyer avec une intensité incroyablement
disproportionnée à sa taille, s'il est en laisse, en couvrant de honte, à coup sûr, l'humain
qui tient la laisse.

Je vous confirme que ce caniche est parfaitement fin de race, il est on ne peut plus susceptible,
lunatique et gueulard. Qu'un chien mâle est dominant, mais que malgré tout, le nôtre s'il n'a rien
de mieux à faire, obéit quand même aux ordres. D'ailleurs il supporte très bien, durant quatre ou
cinq minutes, de ne pas être le centre du monde. Il n'a jamais fait pipi partout.
Dans l'ensemble, tout va bien. Scotch le chien collant !

Catherine Bastère-Rainotti - Octobre 2001
 

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