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C D L V O |
Depuis une semaine il traîne la patte. Il tousse. Il a mal. Il a des poussées de fièvre. Chaque soir il agonise, chaque matin le voit renaître. Il est malade. Il pense sincèrement que c'est un cancer des poumons. Il fume trop ! Il se remémore les reportages qu'il a vus à ce sujet. Moche... Très moche ! Il est d'une dignité exemplaire à l'extérieur pendant la journée. Qui se doutera, le jour de son enterrement, combien il s'est battu en silence, quelle géhenne morale il aura traversé ? Il met sa femme sur les dents dès qu'il est à la maison. Il lui fait part de son souci de les mette à l'abri, elle et les enfants, avant de disparaître. Quand il ne dit rien elle voit bien qu'il rumine. Quand il parle, il lui décrit ses souffrances par le menu. Il ne lui souhaite pas de connaître les mêmes… Sa femme, inconsciente du mal qui le ronge, lui suggère que, peut-être, un peu d'aspirine… De l'aspirine ! Ma pauvre fille… Ce serait à mourir de rire s'il n'était déjà en train de mourir d'autre chose. Et pourquoi pas voir un médecin, pendant qu'on y est ? Charlatans et compagnie tous ces gens là. Si elle n'a rien d'autre à lui dire qu'elle lui fiche donc la paix. Pourrait-elle, cependant, lui préparer un petit bouillon de légumes pour ce soir et monter le son de la télé avant de quitter la pièce ? Il n'en peut plus. Au bout de quelque temps de ce régime-là, c'est elle qui craque et fait venir le docteur à la maison pour qu'il examine son mari. - Respirez à fond. Faites : Aaaah… Toussez. Ouvrez la bouche. Tirez la langue... Un temps de silence... - Eh bien ! Mon cher monsieur vous avez une bronchite carabinée. Pourquoi avoir attendu si longtemps avant de consulter ? Quant au bout de deux ou trois jours les médicaments commencent à faire leur effet, le moribond ressuscité lui demande si elle l'aime. Elle répond "Je t'aime !" Ce qu'elle ne dit pas c'est qu'elle a peur de le perdre. Elle souhaite que ce ne soit jamais plus grave que cela. Elle voudrait ne jamais le voir partir pour toujours. Elle préfèrerait très égoïstement tirer sa révérence la première. KOF ! ![]() Catherine Bastère-Rainotti - 7 décembre 2001 |