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C D L V O |
Bien que je n'ai pas fréquenté assidûment Louis XIV et que l'électricité ait déjà été découverte quand je suis née, j'ai tout de même connu la mode qui consistait à parler aux petits enfants comme à des débiles profonds. Dans ce genre-là : - " Fais sissite mon bébé. Qui c'est qui va mâmer le bon miam ? Regarde la meuh ! Ne touche pas au ouha-ouha. " J'en passe et des meilleures. Mais, de même qu'on leur parlait comme à de petits animaux, il était impensable de prendre au sérieux les paroles d'un enfant. La frontière entre le monde des adultes et celui des enfants était infranchissable. Le respect ne venait qu'au moment où l'on était capable de gagner sa croûte. Petit à petit, grâce à des gens comme Françoise Dolto et à d'autres pionniers comme elle, les parents ont compris que les enfants sont de vraies personnes. Par exemple ne pas dire à son enfant que quelqu'un de cher vient de mourir et que c'est pour cela qu'on pleure, c'est idiot. La vérité vaut toujours mieux que le secret ou le mensonge pour soulager l'angoisse. L'idée a fait son chemin... Et comme à chaque fois que quelque chose fait son chemin nous arrivons à la croisée des chemins autrement appelée "effet pervers". Cela consiste à tout montrer et à tout dire aux enfants. Que ce soit en les laissant devant la télé pendant des heures sans surveiller ce qu'ils regardent, ou en parlant devant eux de problèmes d'adultes (travail, chômage, sexualité, argent, compte en banque). Je croise de plus en plus souvent de ces enfants qui portent sur leurs épaules un poids que leur âge ne leur permet pas de supporter. Alors ils grandissent vite, trop vite. Ils grillent des étapes de leur jeunesse. Par obligation. Parce qu'on leur fournit des réponses auxquelles ils ne com- prennent pas grand'chose à des questions qu'ils n'ont jamais posées. Il ne faut pas tout dire aux enfants. Il faut surtout les laisser être d'abord des enfants. AGUEUH !Catherine Bastère-Rainotti © mars 2002 |