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Chroniques de la Vie Ordinaire

 

lirecreer.org - les Chroniques de la vie ordinaire

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POURQUOI PARLE-T-ON TOUJOURS DES SALAUDS ET PRESQUE
JAMAIS DES BRAVES GENS ?

Ou : DE LA NECESSITE DE RIRE


Les braves gens font ce qu'ils ont à faire sans se poser de questions oiseuses, sans en
parler,sans penser que d'autres le feront à leur place. Quand ils ont fini, ils tournent la page,
ils considèrent qu'ils ont agi selon leur conscience et que l'affaire ne vaut pas la salive qu'il
faudrait dépenser pour la raconter. Quand ils devront partir ils ne regretteront rien et partiront
sans bruit.

Les salauds, c'est tout le contraire. Je crois, moi, qu'à l'inverse des braves gens, ce sont des
phénomènes qui dorment sur leurs deux oreilles parce qu'ils n'ont rien à fiche de rien.
N'avoir aucune morale c'est très pratique pour s'arranger de tout, ne souffrir de rien.

Ils ne sont pas si nombreux, les vrais salauds, mais on les voit beaucoup, on les entend trop.
Alors que le monde est peuplé à quatre-vingts pour cent de braves gens, seuls les vingt pour
cent restants sont mis en lumière quotidiennement. Vous verrez moult fois Monsieur Tapedur
et Madame Parvenue étaler leur suffisance mais vous pouvez chercher longtemps, dans vos
journaux, sans les trouver, Monsieur Bonhomme et Madame Boncœur. C'est un type d'indivi-
dus trop répandu, trop banal, trop éculé.

Philosophiquement, c'est embêtant. Cela tendrait à prouver que nous prisons le mal plus que
le bien. Ou que nous considérons le mal supérieur au bien. Comme si le mal était un raccourci
infaillible pour gagner respect, pouvoir, richesse, sans nécessité de passer par la civilisation, et
le bien une affaire de religion ou de bêtise congénitale.

Comment expliquer cette fascination pour le mal et son cortège de misères ? Et pourquoi a-t-on
tant de difficultés à parler du bien sans tomber dans la mièvrerie, la faux jetonnerie, la bigoterie ?

L'humour peut nous sauver.
Raymond Queneau disait " l'humour est une tentative pour décaper les grands sentiments de
leur connerie. "
Quand je pense qu'il y a encore des gens pour croire qu'il est plus difficile de faire pleurer que de
faire rire ! Si c'était le cas, il y aurait moins de ringards sur les planches, moins de culculteries
à la télé et au cinéma et un peu plus de vrais humoristes.
Qu'est-ce qu'un humoriste ? C'est quelqu'un qui pratique en premier lieu l'auto dérision, qui a
une tournure d'esprit très particulière, une acuité de perception assez aiguë du monde qui
l'entoure et, pour finir, l'intelligence de nous en faire part en nous amusant.

Ecoutez-le, l'humoriste, le vrai. Derrière chacune de ses paroles, de ses effets comiques réglés
au centième de seconde près, il vous raconte des choses tristes à mourir. La solitude, le racis-
me, la guerre, la famine, la maladie, le chômage, la pseudo politique. Mais il nous fait rire avec !
Merci à lui.

Merci à lui de supporter quelquefois qu'on le taxe de vulgaire, alors que la vraie vulgarité est de
déguiser la veulerie en comportement ordinaire. D'avoir le courage de dire ces choses, de les
dénoncer sans s'y appesantir. Et en restant léger de marquer nos esprits plus que ne saurait
le faire n'importe quel discours larmoyant.

Ces humoristes, qu'on appelle aussi comiques, baladins, imbéciles, clowns (voire quel con
çui-là, où va-t-il chercher tout ça ?), ont un rôle majeur dans notre société. Contrairement à
ces actuels sous-produits régionaux dont les navrantes répliques désinfectées n'égaieraient,
au mieux, qu'une fin de repas de communion, l'humoriste digne de ce nom n'est pas là pour
flatter ou endormir une douleur, un travers, une idée reçue, un principe, mais pour les révéler.
Et plus que les révéler, nous donner les moyens de les affronter de face puisque, quelque part,
le fait d'en rire en a ôté le fiel, les toxines létales.

Heureux celui qui sait mettre les rieurs de son côté. Et plus heureux encore ceux qui savent
rire. Si je devais affronter une grave maladie, un gros chagrin, je ne pourrai m'en sortir qu'en
me perfusant à des films, des sketches, des spectacles, hilarants. Enfin, des trucs qui me
font rire. Plus que n'importe quelle molécule chimique, l'humour me servirait de médicament,
d'antidépresseur, de chimiothérapie.


Ai perdu Poupette !

Mais qu'on ne s'y trompe pas. L'humour n'est pas en vente libre. L'humour est pernicieux,
acide, décapant, dangereux pour certains, difficile à obtenir. Il n'est pas contagieux, mais
il est salvateur. C'est une autre façon de faire de la résistance.

Catherine Bastère-Rainotti - Chronique de la Vie Ordinaire - © 2 avril 2004 (tdr)

 

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