Histoires Courtes Classiques |
|
Guy de Maupassant |
| Lorsque M. de Méroul retrouva dans un bal Joseph Mouradour, son
ancien camarade, il éprouva de cette rencontre une joie profonde et naïve, car ils s'étaient beaucoup aimés dans leur jeunesse. Après les exclamations d'étonnement sur les changements que l'âge avait apportés à leur corps et à leur figure, ils s'étaient informés réciproquement de leurs existences. Joseph Mouradour, un Méridional, était devenu conseiller dans son pays. D'allures franches, il parlait vivement et sans retenue, disant toute sa pensée avec ignorance des ménagements. Il était républicain ; de cette race de républicains bons garçons qui se font une loi du sans-gêne et qui posent pour l'indépendance de parole allant jusqu'à la brutalité. Il vint dans la maison de son ami, et y fut tout de suite aimé pour sa cordialité facile, malgré ses opinions avancées. Mme de Méroul s'écriait : -" Quel malheur ! Un si charmant homme ! " M. de Méroul disait à son ami, d'un ton pénétré et confidentiel : -" Tu ne te doutes pas du mal que vous faites à notre pays." Il le chérissait cependant, car rien n'est plus solide que les liaisons d'enfance reprises à l'âge mûr. Joseph Mouradour blaguait la femme et le mari, les appelait "mes aimables tortues", et parfois se laissait aller à des déclamations sonores contre les gens arriérés, contre les préjugés et les traditions. |
|
| Mise en Page & illustration © Catherine Bastère Rainotti |
|