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Aucun bruit ne traversait plus la
campagne immobile.
Seuls les corbeaux, par bandes, décrivaient de longs
festons dans le ciel, cherchant leur vie inutilement,
s'abattant tous ensemble sur les champs livides et
piquant la neige de leurs grands becs. On n'entendait
rien que le glissement vague et continu de cette
poussière tombant toujours.
Cela dura huit jours pleins, puis l'avalanche s'arrêta.
La terre avait sur le dos un manteau épais de cinq
pieds. Et, pendant trois semaines ensuite, un ciel
clair, comme un cristal bleu le jour, et, la nuit, tout
semé d'étoiles qu'on aurait crues de givre, tant le
vaste espace était rigoureux, s'étendit sur la nappe
unie, dure et luisante des neiges. La plaine, les
haies, les ormes des clôtures, tout semblait mort,
tué par le froid. Ni hommes ni bêtes ne sortaient plus :
seules les cheminées des chaumières en chemise |
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blanche révélaient la vie cachée, par les minces filets
de fumée qui montaient droit dans l'air glacial.
De temps en temps on entendait
craquer les arbres,
comme si leurs membres de bois se fussent brisés
sous l'écorce ; et, parfois, une grosse branche se
détachait et tombait, l'invincible gelée pétrifiant l
sève et cassant les fibres. Les habitations semées
çà et là par les champs semblaient éloignées de cent
lieues les unes des autres. On vivait comme on pouvait.
Seul, j'essayais d'aller voir mes clients les plus proches,
m'exposant sans cesse à rester enseveli dans quelque
creux. Je m'aperçus bientôt qu'une terreur mystérieuse
planait sur le pays. Un tel fléau, pensait-on, n'était point
naturel. On prétendit qu'on entendait des voix la nuit, des
sifflements aigus, des cris qui passaient. |
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