Lire & RéCréer - Conte de Noël - nouvelle de Guy de Maupassant Nouvelles

Un conte de Noël
Raconté par Alain Moreau (© tous droits réservés)

Guy de Maupassant
nouvelle du 25 décembre 1882
  Ces cris et ces sifflements venaient sans aucun doute
des oiseaux émigrants qui voyagent au crépuscule, et
qui fuyaient en masse vers le sud. Mais allez donc faire
entendre raison à des gens affolés. Une épouvante
envahissait les esprits et on s'attendait à un événement
extraordinaire.
La forge du père Vatinel était située au bout du hameau
d'Épivent, sur la grande route, maintenant invisible et
déserte. Or, comme les gens manquaient de pain, le
forgeron résolut d'aller jusqu'au village. Il resta quelques
heures à causer dans les six maisons qui forment le
centre du pays, prit son pain et des nouvelles, et un peu
de cette peur épandue sur la campagne.
Et il se mit en route avant la nuit.
Tout à coup, en longeant une haie, il crut voir un oeuf
dans la neige ; oui, un oeuf déposé là, tout blanc comme
le reste du monde.
    Il se pencha, c'était un oeuf en effet. D'où venait-il ?
Quelle poule avait pu sortir du poulailler et venir pondre
en cet endroit ? Le forgeron s'étonna, ne comprit pas ;
mais il ramassa l'oeuf et le porta à sa femme.

- Tiens, la maîtresse, v'là un oeuf que j'ai trouvé sur
...la route !
La femme hocha la tête :
- Un oeuf sur la route ? Par ce temps-ci, t'es soûl,
...bien sûr ?
- Mais non, la maîtresse, même qu'il était au pied d'une
...haie, et encore chaud, pas gelé. Le v'là, j'me l'ai mis
...sur l'estomac pour qui n'refroidisse pas. Tu le mangeras
...pour ton dîner.
L'oeuf fut glissé dans la marmite où mijotait la soupe,
et le forgeron se mit à raconter ce qu'on disait par la
contrée.
  Mise en Page : © Catherine Bastère Rainotti PAGE PRECEDENTE TOURNEZ LA PAGE