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lirecreer.org présente : éphémère illusion d'éternité - une histoire courte de François Guinchard

© François Guinchard - 2002

 
    Il se rappelait de tout, depuis le début.
Depuis cette époque où le temps, glissant sur le froid
glacé du vide, ne mesurait rien, pas même pas la durée
d'un scintillement ou la vitesse d'éloignement progressif
de deux particules, depuis l'époque où il n'y avait rien. Il
avait été là, à l'aube du temps, il avait assisté à tout et
il s'en rappelait.

La première fois, qu'il avait eu conscience de lui-même,
c'était, selon toute logique, avant le jour, avant le premier
jour, au moment où les ténèbres avaient cessé de
s'appeler ténèbres, où elles s'étaient appelées nuit pour
la première fois.

Il se souvenait parfaitement de ce moment. Rien n'avait
changé et pourtant, il avait senti comme un vaste
frémissement de ce vide glacé qui soudain s'était mis
à palpiter, riche de la promesse d'un univers futur et
merveilleux.
  Pas merveilleux, corrigea-t-il. Pas forcément merveilleux,
mais passionnant, sans aucun doute. Bien plus
intéressant que tout ce qui avait eu lieu jusqu'alors, et
qui s'était essentiellement borné à la conscience de sa
propre existence.

Il y avait eu tout d'abord la lumière. Des jaillissements
de couleurs grandioses, des fontaines d'énergie pures
et belles et, là où les sources étaient les plus denses,
un peu de matière avait commencé à exister. D'abord à
peine quelques atomes, puis de plus en plus, et
finalement, l'agglomération de ces particules avait formé
de vastes amas solides. A partir de là, tout était devenu
possible.
Il s'était approché pour regarder, plus près, encore plus
près, jusqu'à se trouver au cœur du phénomène.
Il avait vu l'atmosphère se coaguler en nuages, et la pluie
tomber sans trêve sur la surface de la planète encore
chaude qui recrachait en vapeur la moindre goutte d'eau,
afin de continuer le cycle.
 
Mise en Page et illustrations © Catherine Bastère Rainotti  

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