Histoires Courtes Classiques |
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Guy de Maupassant |
| On ne le sut jamais ; car elle ne parla plus. Songeait-elle aux morts
? Rêvassait-elle tristement, sans souvenir précis ? Ou bien sa pensée anéantie restait-elle immobile comme de l'eau sans courant ? Pendant quinze années, elle demeura ainsi fermée et inerte. La guerre vint ; et, dans les premiers jours de décembre, les Prussiens pénétrèrent à Cormeil. Je me rappelle cela comme d'hier. Il gelait à fendre les pierres ; et j'étais étendu moi-même dans un fauteuil, immobilisé par la goutte, quand j'entendis le battement lourd et rythmé de leurs pas. De ma fenêtre, je les vis passer. Ils défilaient interminablement, tous pareils, avec ce mouvement de pantins qui leur est particulier. Puis les chefs distribuèrent leurs hommes aux habitants. J'en eus dix-sept. La voisine, la folle, en avait douze, dont un commandant, vrai soudard, violent, bourru. Pendant les premiers jours, tout se passa normalement. On avait dit à l'officier d'à côté que la dame était malade, et il ne s'en inquiéta guère. Mais bientôt cette femme qu'on ne voyait jamais l'irrita. Il s'informa de la maladie ; on répondit que son hôtesse était couchée depuis quinze ans par suite d'un violent chagrin. |
| Mise en Page & illustration © Catherine Bastère Rainotti |
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