Socrate - Tous les honneurs et les louanges de ces gens, les privilèges
accordés à
celui qui distingue le mieux ce qui passe sur le mur, à celui qui mémorise le mieux ces
choses, penses-tu que notre homme les désirerait ? Ne préférerait-il pas n'être qu'un
laboureur dans la réalité, plutôt qu'un savant au royaume des apparences ? Glaucon - II ne voudrait jamais revivre comme avant. Socrate - S'il redescendait s'asseoir à la même place, ne serait-il pas aveuglé par
l'obscurité ? Glaucon - Oui, certainement. Socrate - S'il devait alors se prononcer sur les choses de là-bas, ne ferait-il pas rire ?
On penserait que son séjour lui a abîmé les yeux, qu'il ne vaut pas la peine d'aller là-haut.
Si notre homme tentait de détacher ses semblables pour les mener en haut, ne le
tueraient-ils pas ? Glaucon - Oui. Socrate - Cette image s'applique intégralement à ce dont nous parlions. Ce que nous
connaissons par la vision ressemble au séjour dans la grotte. L'ascension et la contem-
plation des choses d'en haut correspondent à la montée de l'âme vers l'intelligible. Parmi
tout ce que l'on peut connaître, le terme ultime est l'idée du Bien. Il est pénible de la
percevoir; pourtant, lorsqu'on la connaît, on ne peut que conclure qu'elle est la cause de
tout ce qui est juste et beau. Elle produit la lumière dans le monde visible; elle produit
vérité et intelligence dans l'intelligible. Quiconque veut agir sensément, dans sa vie
personnelle ou dans la vie publique, se doit de la connaître.