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| J'avançais à pas feutrés, évitant de toucher
quoi que ce soit. Le voyant de charge de mon fusil clignotait comme une ampoule à l'agonie. Je traversais en silence un champ de mines flottantes, je respirais au ralenti. C'était Noël mais ça n'avait pas beaucoup d'importance. Les ruines débouchèrent sur le précipice de béton. De là je dominais encore la vieille ville dévorée par les plantes mutantes. Au loin, j'aperçus la silhouette de mon vaisseau, immobile dans le silence des pierres. J'activais mes pompes à gravité zéro et fis quelques pas dans le vide avant d'entamer ma descente. J'étais à quarante mètres du sol et j'éprouvais toujours cette sensation euphorique de vertige qui ne m'avait jamais quitté depuis mes premières expériences avec le vide, à l'âge de quinze ans. Plus bas, un bâtiment criblé d'impacts d'origines multiples avait vraisemblablement dû être le siège de la police locale. |
Ça s'était passé bien longtemps avant mon arrivée,
à l'époque où Washington avait totalement et irrémédiablement perdu le contrôle de la première colonie de l'espace. Mars avait coûté cher, son atmosphère viciée n'avait jamais été rendue totalement respirable. Et pour cause, outre ses ressources minières cette planète n'avait d'intérêt que pour quelques milliers d'illuminés amoureux des étendues désertiques. Au début des conflits, le principal trust intéressé par la situation martienne y avait envoyé un escadron d'androïdes de guerre. Ils espéraient ainsi régler les problèmes d'émeutes consécutifs à la proximité de deux prisons réputées pour être la plus grande concentration de cancrelats de l'univers. Les détenus relâchés ne possédaient pour la plupart pas les moyens financiers pour se rendre ailleurs que sur cette planète daubeuse. Ça arrangeait pas mal de monde. |
| Arnaud Letellier © 1996 - Première publication Internet août 2001 | Suite |