Lire & RéCréer, site pour les enfants et leurs parents Dès 10 ans le jardin de notre Mère
n hiver, au plus profond du coma végétal, quand plus rien n'appelle
le jardinier dans son jardin, elle arpentait encore son domaine et vous pouviez
être sûr qu'elle y dénicherait une occupation importante comme ramasser
une dernière feuille morte, redresser la tige d'une plante, rajuster la paille au
pied d'un rosier, pincer une ou deux fleurs de pensées statufiées par la glace.

Mais peut-être était-il vraiment important qu'elle marque dans la neige blanche
l'empreinte de ses pas, qu'elle prête un peu de sa chaleur au cerisier noir de
gel, qu'elle fasse tomber sur ce royaume anesthésié par l'hiver quelques
paroles rassurantes, qu'elle lui donne la certitude de sa présence attentive.
Encore qu'elle vécût elle aussi plus ou moins en hivernage durant les grands
frimas. Le moindre de ses gestes ralentis nous disait qu'elle s'économisait
en attendant le retour du soleil.

ars et ses giboulées, les premières coupelles des crocus multicolores
ouvertes sur la terre brune, sonnaient le début du renouveau, de sa saison
préférée, du printemps.
Au fur et à mesure qu'éclosaient les tulipes jaunes, blanches, rouges, les fausses
jonquilles - longs museaux d'or et cous d'émeraude -, que les bourgeons vernis
gonflaient les branches des arbres et des arbustes, nous regardions,
émerveillés, notre mère sortir de sa torpeur.
      Texte : © Catherine Bastère-Rainotti - Illustrations : © Catherine Dehay
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