le jardinier dans son jardin, elle arpentait encore son domaine et vous pouviez être sûr qu'elle y dénicherait une occupation importante comme ramasser une dernière feuille morte, redresser la tige d'une plante, rajuster la paille au pied d'un rosier, pincer une ou deux fleurs de pensées statufiées par la glace. Mais peut-être était-il vraiment important qu'elle marque dans la neige blanche l'empreinte de ses pas, qu'elle prête un peu de sa chaleur au cerisier noir de gel, qu'elle fasse tomber sur ce royaume anesthésié par l'hiver quelques paroles rassurantes, qu'elle lui donne la certitude de sa présence attentive. Encore qu'elle vécût elle aussi plus ou moins en hivernage durant les grands frimas. Le moindre de ses gestes ralentis nous disait qu'elle s'économisait en attendant le retour du soleil. ouvertes sur la terre brune, sonnaient le début du renouveau, de sa saison préférée, du printemps. Au fur et à mesure qu'éclosaient les tulipes jaunes, blanches, rouges, les fausses jonquilles - longs museaux d'or et cous d'émeraude -, que les bourgeons vernis gonflaient les branches des arbres et des arbustes, nous regardions, émerveillés, notre mère sortir de sa torpeur. |
| Texte : © Catherine Bastère-Rainotti - Illustrations : © Catherine Dehay Tous droits réservés - Toute reproduction, même partielle, interdite. |
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