dans ses veines. Une activité sereine la gagnait, elle travaillait autant et aussi inlassablement qu'un insecte, semant ici, replantant là. Biner, sarcler, tailler, tuteurer, désherber, bouturer, elle s'y appliquait avec un plaisir sans mélange, sans perdre une seconde de ces précieuses minutes gagnées chaque jour sur la nuit. Accroupie au pied d'un énorme forsythia épanoui, elle gratte le sol mouillé. Le ciel grisaille. Mais voici qu'au cœur d'une éphémère trouée de nuages surjetés d'argent, le soleil s'échappe et se concentre sur les opulentes fleurs jaunes du forsythia, sur les flaques laissées par la dernière pluie, et notre mère semble tout à coup prise dans un vitrail de cathédrale couleur citron, soufre, orangé, mercure. nous recommande de ne pas marcher dessus. Elle rit de notre incompré- hension, de notre aveuglement. Alors, d'un coup d'ongle vif, précis, elle fend la croûte de terre pour nous laisser apercevoir les deux cornes vertes d'un iris en devenir. |
| Texte : © Catherine Bastère-Rainotti - Illustrations : © Catherine Dehay Tous droits réservés - Toute reproduction, même partielle, interdite. |
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