| Lecture pour les Adolescents |
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LES DUPES SONT CEUX QUI NE VOIENT DEVANT
EUX NI RIEN Vint le jour de l'épreuve du Certificat
d'Etudes qui devait sanctionner |
| A la ferme, l'événement ne suscita aucun remous, aucune remarque, aucun en- couragement. Je partis, ce matin là, exactement comme tous les autres matins. Les épreuves s'étendaient sur deux jours. L'école avait été réquisitionnée et vidée de ses élèves habituels pour faire place aux candidats du canton. Le premier jour était consacré aux sciences, aux mathématiques, à la géographie, à l'histoire. Toutes matières dont je me tirais sans trop de mal. Le deuxième jour vint le tour du chant, de la grammaire, de l'orthographe, de la composition française. Nous eûmes trois heures pour écrire un texte dont le sujet était " Parlez de votre meilleur ami. Décrivez-le et racontez quelques souvenirs. " Comme je vivais depuis toujours dans cette sorte de schizophrénie propre aux enfants bafoués quêtant vainement une parcelle de reconnaissance d'eux-mêmes et quelques miettes de leur propre valeur que leur refusent des adultes dégénérés, j'avais développé un imaginaire foisonnant dans le terreau fertile duquel Boudoubour était né comme un champignon. Il était moi sans être moi. Il était la meilleure part de moi-même. Il était aussi le mirage concret, l'illusion réelle d'une amitié telle que j'aurais voulu la connaître avec un enfant de mon âge. Il était mon meilleur ami, alors j'écrivis en titre " Le Portrait de Boudoubour ". La plume courait allègrement sur le papier sans que je ressentisse le besoin de faire le moindre brouillon. Les résultats de l'examen furent placardés deux jours après la fin des épreuves. J'appris que j'étais reçu premier de mon département. |
| Texte : © Catherine Bastère-Rainotti (tdr) |
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